Comme toutes les liqueurs, la liqueur du Mont Corbier se caractérise par sa composition totalement naturelle. Elle correspond à la définition donnée par le Larousse gastronomique : une liqueur est "une dissolution naturelle, dans un liquide alcoolique et sucré, de feuilles, de fruits, de graines, de racines. Les parfums réagissent les uns sur les autres, pour arriver à une parfaite harmonie." Nous la présenterons au travers des trois thèmes suivants :

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    L'abbé Jean Victorin Guille, né en 1861, est l'héritier de cette tradition curative et de la confiance dans la vertu des Simples qui ont animé des générations de religieux. Passionné par la découverte des vertus médicinales des plantes, il va peu à peu confectionner un herbier de près de 3000 plantes alpines. Et comme d'autres avant lui, il va décider de mettre à profit sa science de la botanique pour trouver une eau-de-jouvence : "un moyen simple, pratique et à la portée de tous pour prévenir ces maladies graves causées par les mauvaises digestions et au besoins les guérir".
    Pendant plusieurs années de recherches persévérantes, il recueille, sèche, assemble en proportions bien définies puis distille des plantes médicinales et aromatiques de la région. Il fallut diverses macérations et mélanges successifs, à des doses variées, de plantes dont il utilisa pour les unes les fleurs ou les fruits, pour les autres les feuilles ou les racines, pour donner naissance en 1888 à la liqueur du Mont-Corbier.
    La liqueur doit son nom au Mont-Corbier, belle montagne de la Maurienne, couverte de fleurs en été, d'où l'abbé a tiré un grand nombre des plantes qui la composent. Elle est située dans le secteur des Arves non loin des confins de la Savoie et de l'Isère.



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    Durant plusieurs années, l'abbé Guille distilla la liqueur uniquement pour ses besoins personnels et ceux de ses proches. Mais, "afin de faire bénéficier tout le monde d'une invention qui avait fait ses preuves quoique dans un rayon restreint", il s'associa avec M.Vincent Bon, distillateur-liquoriste, "car je savais que son usine du Pont d'Arvan, à St-Jean-de-Maurienne, était pourvue de l'outillage le plus perfectionné et installée suivant les données de la science moderne la plus éclairée". Ce début du XXème siècle, où l'abbé Guille s'associe avec Vincent Bon, est en quelque sorte l'âge d'or de la liqueur. Une tradition très riche déjà s'épanouit. Un peu partout en France, des recettes traditionnelles vont s'enrichir et s'équilibrer, de nouvelles vont êtres inventées. A cette époque, il n'était pas un bourg de quelque importance qui, comme St-Jean-de-Maurienne, n'eût son fabricant de liqueurs.



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La liqueur est toujours réputée pour être une eau-de-jouvance mais elle devient aussi liqueur plaisir. Ainsi, les publicités pour la liqueur du Mont-Corbier illustrent bien cette préoccupation des liquoristes : le produit doit être à la fois un apéritif au goût du public et avoir des vertus hygiéniques. La distillerie de Mr Vincent Bon porte le nom "d'usine" du pont d'Arvan, tant il est vrai qu'au XIXème siècle la fabrication des liqueurs s'est industrialisée. Plusieurs raisons à cela : d'une part, on dispose dorénavant de grande quantité d'alcool neutre obtenu à partir du sucre de betterave ; d'autre part, l'alambic à colonne mis au point par Cellier-Blumenthal en 1808 permet une distillation en continu en une seule chauffe.

    Dans les fabrications artisanales, c'est l'homme qui décide de façon empirique du moment ou l'on coupe la distillation pour éviter le passage de substances désagréables. Dans les appareils modernes, l'élimination des parfums indésirables est automatique, grâce à divers dispositifs. Entre les deux méthodes, le distillateur, tel Mr Bon, appuyait sa décision sur son expérience et sur les renseignements donnés par des instruments de mesure. Mais, quel que soit l'alambic utilisé, le principe de la distillation reste le même. Distiller, c'est séparer : un certain nombre de produits volatils (désirables ou non) accompagnent, précèdent ou suivent de près l'alcool dans son évaporation. Tout l'art de la distillation est de conserver dans les produits "de tête" ou "de queue" ceux qui donnent à l'eau-de-vie son goût, sa qualité, son bouquet et d'éliminer les parfums indésirables.


    Le tonneaux joue un grand rôle dans la conservation d'un alcool de qualité. C'est en son sein que se fait le subtil mélange tanins/alcool. Deux hommes président à la naissance d'un tonneau : sur le terrain le merrandier ou fender, au village le tonnelier. Le merrandier travaille généralement à façon pour le tonnelier. Il s'occupe des coupes de bois dont il élimine l'écorce, puis l'aubier avant de travailler le "bois merrain" dont il tire les "douelles" qui assemblées, deviendront tonneau. Le tonnelier a besoin de deux jours pour mener à bien la fabrication d'un tonneau. Il lui faut allier les qualités d'un technicien à la précision d'un horloger.

    Quatre opérations se succèdent : le "dôlage", le "bâtissage", le "cerclage" et le "jablage". Les hommes du tonneau se font rares et les outils du merrandier et du tonneliers sont bien spéciaux. Aujourd'hui, ils ne sont plus fabriqués. Les tonneliers qui travaillent encore les ont hérités d'un père, d'un oncle, d'un grand-père tonnelier qui ont aussi légué leur vocation. M. Charpin possède un certain nombre de tonneaux. Aussi, pour conclure l'exposition, l'évocation de cette corporation, dont le savoir-faire remonte au Gaulois, s'impose.
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